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Le péril jaune en Afrique ?

MONDIALISATION «Ne pas répéter les erreurs du passé.» La dernière phrase du film de Fabrice Monod, Drapeau rouge sur continent noir, résume l’ampleur du défi africain face à la poussée chinoise sur ses terres. Jadis idéologiques avec les occidentaux, les enjeux sont ici économiques : la conquête du continent noir par l'Empire du Milieu devrait servir les deux parties… En théorie.

«Nous n’avons pas d’intérêts avec eux, ils ne savent que nous appauvrir», assène un pêcheur congolais en colère contre des chalutiers chinois sans scrupules, «qui pêchent du 1er au 30 du mois». Pas d’intérêt ? Les dirigeants africains ont signifié l’exact inverse à Pékin en novembre 2006, lors d’un sommet Chinafrique largement médiatisé.

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 Philippe Zhang devant sa villa, l’ancienne résidence du consul d’Allemagne à Pointe Noire. ©DR

En quelques années, le commerce entre l’Empire du Milieu et le continent noir a d’ailleurs grimpé jusqu’à 55 milliards de dollars. Les Chinois promettent d’investir 20 milliards de dollars dans les trois prochaines années, et les Africains n’ont aucune raison de s’en désintéresser.

Du cash contre des matières premières

C’est le premier enseignement de Drapeau rouge sur continent noir… A travers l’exemple du Congo, le film montre la simplicité du deal passé entre autorités chinoises et africaines : du cash contre des matières premières, sans autre forme d’ingérence.

Routes, barrages, palais, les réalisations se multiplient. Des rues entières de Brazzaville sont tenues par les commerçants chinois, des milliers hectares exploités par les bucherons asiatiques. «Le plus important, pour nous, c’est de reconstruire le pays, explique Claude-Alphonse N’Silou, ministre de la Construction, de l’Urbanisme et de l’Habitat. Peu importe avec quel partenaire.»

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 Dans l’usine de tranformation de bois de Sicofor, à Pointe Noire. ©DR

Sauf que le gagnant-gagnant n’existe pas forcément. C’est la seconde leçon du documentaire, classique : la réalité du terrain contredit souvent celle des ambassades.

De mauvaises habitudes

Si les entreprises chinoises sont 30% moins chères que leurs homologues occidentales, c’est que les conditions de travail y sont chinoises : 2 000 francs CFA par jour pour chaque ouvrier – environ 3 euros. «Les Chinois sont de bons voisins, mais ils ont de mauvaises habitudes : ils font travailler les ouvriers la nuit», résument les chants de salariés congolais.

Le film de Fabrice Monod trouble sans surprendre. Il désarçonne par les parallèles établis entre la présence chinoise en Afrique et les grandes heures de la fameuse Françafrique. A l’école de Brazzaville, Lao Tseu a remplacé Lamartine, l’enfant peaufine son mandarin.

Dans un gymnase de la capitale congolaise, c’est avec le ministre local de l’économie forestière que Jessica Yé, jeune affairiste chinoise expatriée, joue au ping-pong… On la suit en famille, en voiture, en Chine, à Brazzaville. Drapeau rouge sur continent noir évite en fait un des travers qui le guettaient : il n’est pas moralisateur, ne dénonce pas. Et n’en est que plus édifiant.

Antoine Gazeau

Drapeau rouge sur continent noir, de Fabrice Monod.
France, 2008, 52 mn. France 5 / A7 Media.
Diffusion le mardi 6 janvier 2009, à 20h35, sur France 5.
 
 
 

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