Entretien avec le penseur des Khmers rouges
EN SALLES L'important, c'est de rester vivant : au cœur de la folie khmère, Roshane Saidnattar. La réalisatrice propose un nouveau témoignage sur le génocide cambodgien perpétré par les hommes de Pol Pot – pendant lequel elle était enfant –, mais échoue assez péniblement.
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La réalisatrice, Roshane Saidnattar, sa mère et sa fille. ©DR
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Le film tient principalement en une interview de Khieu Samphân, ancien
président et idéologue du Kampuchéa khmer rouge. Celui-ci reçoit la
réalisatrice sans trop de difficultés et expose son point de vue : il
ne savait pas, il ne prenait pas les décisions. Sa mauvaise foi est
flagrante, mais il n’est jamais mis en difficulté par l'entretien,
comme avait réussi à le faire Claude Lanzmann confrontant les bourreaux
à leur déni de mémoire et de conscience (Shoah,
1985). On comprend cependant qu’il reste convaincu de la nécessité du
régime de travaux forcés imposé à l’époque aux cambodgiens, au nom du
développement économique.
Autour de cette interview, la réalisatrice et sa
mère revisitent les lieux de leur calvaire. Des paysans, autrefois
soutiens puis victimes de Pol Pot, restent hostiles aux gens des
villes, intellectuels, que sont les Saidnattar.
On n'y comprend pas grand-chose
Le principal problème tient au choix narratif de Roshane Saidnattar.
Les scènes de massacres ou de travail forcé sont maladroitement
reconstituées dans des passages de docufiction larmoyants, mal filmés,
mal joués, accompagnés d'une bande-son de mauvais téléfilm. Coincée
entre la gêne de représenter l'horreur et la nécessité de l'évoquer,
entre les souvenirs d'un enfant et la compréhension de l'adulte qu'elle
est devenue, la réalisatrice ne trouve pas le ton juste.
Dans tout cela, on ne voit pas le contexte géopolitique, la complicité
des grandes puissances (les Etats-Unis s'entendant avec la Chine,
alliée des Khmers Rouges, contre le Vietnam). On ne voit pas non plus
la société cambodgienne, l'Etat et une bonne partie des élites plonger
dans l'horreur. En fait on ne comprend pas grand-chose, sinon le
misérable sort d'une mère et de son enfant.
Le génocide cambodgien perpétré par les hommes de Pol Pot dans les années 1970 avait déjà son film de référence : S21, La machine de mort khmère rouge (Rithy Panh, 2002).
Antonin Otchak,
Le 12 septembre 2009
L'important, c'est de rester vivant : au cœur de la folie khmère, de Roshane Saidnattar
France, 2009, 97 mn. Morgane Production / Indravati Prodution / Antoine Martin Productions
Sortie en salles le mercredi 26 août 2009.
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