Les papys font de la résistance EN SALLES Walter, retour en résistance, Gilles Perret. Le portrait d’un résistant octogénaire dont la parole est toujours aussi révoltée. Walter Bassan a 80 ans. C’est un vieil homme fringant, qui se promène en montagne, y organise des pique-niques militants. En forme pour son âge, surtout en forme pour son passé : il a fait onze mois de camp de concentration à Dachau. Walter est là pour témoigner de son combat, et transmettre sa flamme. Il le fait dans les écoles, les lycées, lors d’un voyage scolaire dans son ancien camp. Le film de Gilles Perret sert aussi à cela, à lutter «pour une société meilleure», comme dit Walter. Au nom de son combat passé, il nous appelle à entrer en résistance.
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Walter intervient régulièrement devant des lycéens. ©DR
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Car aujourd’hui, ce en quoi il croit est menacé : les acquis sociaux, la liberté de la presse, l’antiracisme. C’est aussi la conviction de Gilles Perret, qui ne se prive pas de prendre parti dans ses interviews, contre le néolibéralisme, contre le gouvernement qui attaque les héritages du programme du Conseil national de la résistance (Sécurité Sociale, retraites, nationalisations, etc.). Le réalisateur ne fait pas dans la finesse. Il se fait plaisir dans ses interventions, ses plans sont insistants, un peu artificiels : Walter qui écoute les infos, qui reçoit des cadeaux d’écoliers. Le meilleur du film n’est pas là. Il laisse parler des anciens résistants pleins d’humour, de combativité, de modestie, qui racontent simplement et sans emphase ce par quoi ils sont passés, ce qu’ils ont vu.
Le problème, c’est que la résistance, tout le monde s’en revendique, c’est l’idéologie institutionnelle. Nicolas Sarkozy, deux jours avant la présidentielle de 2007, se rend au plateau des Glières, haut-lieu du maquis. Aux commémorations pour têtes chenues, le président UMP de l’Assemblée, Accoyer, fait des discours assommants – mais rassurez-vous, Walter, incorrigible communiste, sort de la salle. Ainsi, malgré le respect général et les hommages appuyés à l’héroïsme des résistants, peu les imitent, peu se choquent des tests ADN sur les candidats à l’immigration. Lorsque, dans le car de retour de Dachau, le réalisateur fait voter les élèves, Sarkozy gagne haut la main dans la classe bon chic bon genre. Autre sémillant vieillard, Stéphane Hessel, 91 ans, qui plaisante sur son grand âge, a une réponse : «Mais déjà à l’époque nous étions minoritaires ; les révoltés actuels n’ont pas besoin d’être les plus nombreux. Il leur suffit d’être le levain qui fait monter la pâte.» Walter Bassan et ses copains sont de tout jeunes hommes. L’avenir de l’humanité, même.
Antonin Otchak 30 octobre 2009
Walter, retour en résistance, Gilles Perret France, 2009, 83mn. La Vaka. Sortie en salles le mercredi 4 novembre 2009. |