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Nantes est-elle encore rock ?
NANTES Quatre étudiants ont concocté un «rockumentaire» consacré aux grosses guitares du coin. Le 13 mai, ils organisaient leur toute première projection à L’Abreuvoir, lieu-phare de la scène rock locale (avant de réitérer ce mardi 26 mai au Ferrailleur). Emotion, attente, soulagement, confrontation avec les protagonistes… C’est ça aussi le docu.
Elle est un peu tendue, forcément. L’Abreuvoir est rempli à ras bord, les images du Hell Fest, le festival métal du coin, tournent en boucle sur un drap tendu au fond du bar, les rockeurs bougent la tête et avalent leurs pintes.
Le demi est à deux euros : ils sont chaud, ils sont
prêts, alors elle est tendue, Justine Sautjeau. Ce mercredi soir, c’est
la première projection de Et le Silence est entendu (lire ci-dessous). «Cinquante-deux minutes de bonheur, promet-elle. Enfin j’espère.»
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Première projection à l'abreuvoir, le 13 mai. ©DR
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En cinq mois de tournage et un bon mois de montage,
cette étudiante en troisième année d’info-com a accouché, avec trois
amis, d’un «rockumentaire» : «Nous sommes partis de La Fabuleuse histoire du rock nantais, un livre de Laurent Charliot, raconte-t-elle. L’idée était d’en écrire la suite en images…» Et de répondre à la même question : le Nantes des Dominique A, Dolly, Philippe Katerine et Little Rabbits est-il encore rock ?
Ce soir, on se se regarde à la télé...
La projo est prévue à 20h. «On n’est pas aux pièces» :
20h44, clap de début. Ultra Vomit, French Cowboys ou Papier Tigre
apparaissent à l’écran. Plusieurs élus, associatifs, tenants de bars
aussi. Tous pour avancer leurs arguments, rappeler souvent que «c’était mieux avant», qu’«en 1992-93-1994, avec trois groupes locaux, on faisait 600 personnes», dixit Komandant Cobra. Le rocku rappelle quand même que le festival Culture Bar-Bars «marche bien» : «C’est bon ça !», apprécie son programmateur, dans la salle, au milieu d’une centaine de spectateurs…
Quand le leader d’Après Mode, infoutu de trouver un label, avoue à
l’écran ne pas non plus rechercher frénétiquement, le comptoir sourit.
Air entendu. Ici, tout le monde connaît tout le monde. Ce soir, on se
regarde à la télé. On s’écoute un peu aussi, en live avec Papier Tigre
ou Komandant Cobra… On poursuit au bar la comparaison des publics de
France entamée dans le film – le demi est toujours à deux euros. On
opine beaucoup, surtout. Au clap de fin, la salve d’applaudissements se
montre un tantinet timide. Mais les sourires sont beaux et les échos
bons. Justine a la banane : Nantes est encore rock.
Antoine Gazeau
Et le silence est entendu, de Justine Sautjeau, Julien Moreau, Alexis Réthoré et Rafaël Savary.
France, 2009, 52 mn. Elsee Prod / PanPan Vilain Bouc
Diffusion le mardi 26 mai 2009 au Ferrailleur, à Nantes.
C’est la lutte finale…
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Et le silence est entendu s’adresse aux Nantais. Ça
se voit : eux connaissent les groupes, les lieux, les élus. Ça leur
parle, ça remue leurs souvenirs. Comme aux autres publics, finalement… «Les
préoccupations sont les mêmes dans toutes les grandes villes, résume
Julien Moreau, l’un des auteurs du documentaire. Quand tu vois tout le travail
fourni par certaines associations et les affluences enregistrées aux concerts
à cause de règles dissuasives, c’est démoralisant.» La fermeture
des petits lieux, les méfaits du décret antibruit, l’intolérance
grandissante des citoyens, les réticences des programmateurs à l’égard
du métal : à Lille, Lyon, Bordeaux, Toulouse, nous sommes tous des
rockeurs nantais !
Forcément un peu amateur, inégalement rythmé,
construit volontairement sans synopsis figé, avec un discours ordonné
au fil des interviews, Et le silence est entendu ne soufre pas de ses
quelques imperfections. Au contraire. Oui, c’est «cinquante-deux minutes de bonheur».
Ce doc spontané a le mérite d’exister, ce doc mène un combat partagé,
sans jamais verser dans la nostalgie, en zoomant vers l’avenir. Une
diffusion TV ne le desservirait pas…
A.G.
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