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Epurée de l'affiche

HISTOIRE Corinne L., une éclaboussure de l’histoire redonne vie au destin tragique d’une jeune star de cinéma de la fin des années 1930, rayée des génériques après la Libération.

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 Corinne Luchaire, la «Garbo» française. ©DR
«Vous n’avez rien compris. Et vous dansez encore.»Carole Wrona ressuscite avec Corinne L., une éclaboussure de l’histoire le parcours tragique de Rosita Luchaire, star du cinéma à l’âge de 16 ans, condamnée à 25 ans et morte à 28 ans de la tuberculose. Si ce nom ne nous dit plus rien aujourd’hui, il était, en 1945, synonyme de collaboration avec l’ennemi allemand. Non pas de la faute de la comédienne, mais de celle de son père, patron de la presse parisienne sous l’Occupation. 

Résultat, l’ex-star sera rayée des génériques et des histoires du cinéma à la Libération. De 1938 à 1940, elle était pourtant presque l’égale de Danielle Darrieux et de Michèle Morgan. Une jeune première au jeu  moderne, mêlant une beauté très naturelle et une fragilité à fleur de peau. Mary Pickford la surnommait la «nouvelle Garbo»

Un tableau peu flatteur de la faune culturelle parisienne

Enrichi de nombreuses images d’archives et de témoignages d’historiens et de proches de l’actrice, le documentaire se sert de ce destin extraordinaire d’une femme doublement condamnée par son amour pour son père et par son extrême frivolité pour dresser un tableau très contrasté de l’époque.

Prison sans barreaux (1938)


Celui d’une élite culturelle parisienne peu engagée qui livrera de nombreux chefs-d’œuvre aux préoccupations souvent éloignées du tumulte de la guerre. Le film mentionne ainsi la courte idylle de Corinne Luchaire avec Charles Trenet, qui, parti aux Etats-Unis, s’empressera d’oublier son amante.
Corinne L. rend surtout son humanité à une éternelle intruse, pour reprendre le titre d’un de ses films, dont le principal tort aura d’avoir été aveuglée par son insatiable joie de vivre et son goût excessif pour la vie nocturne.

Le commentaire à deux voix appuie un peu plus ce constant décalage entre la petite histoire de la comédienne et la grande. Le documentaire saisit au passage avec acuité l’ironie d’une existence commencée en pleine lumière avant d’être condamnée à l’obscurité. «Pour vous et de toute éternité, la guerre ne finira jamais.»   

Olivier Pujos


Corinne L., une éclaboussure de l’Histoire, de Carole Wrona
France, 2008, 52 mn. Huit&Plus / France 3 Paris-IDF
Diffusion le lundi 23 mars 2009, à 00h10, sur France 3.

BONUS
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# Corinne Luchaire (1921-1950) abandonne l'école dès la troisième pour suivre les cours d'art dramatique de Raymond Rouleau. Son grand-père écrit spécialement pour elle la pièce de théâtre Altitude 3 200.
Elle se tourne ensuite vers le cinéma et joue dans neuf films : Les Beaux Jours (1935), de Marc Allégret ; Le Chanteur de minuit (1937), de Léo Joannon ; Prison sans barreaux (1938), de Léonide Moguy ; Conflit (1938), de Léonide Moguy ; Le Dernier Tournant (1939), de Pierre Chenal ; Le Déserteur (1939), de Léonide Moguy ; Cavalcade d’amour (1940), de Raymond Bernard ; Abbandono (L’Intruse) (1940), de Mario Mattoli.
# En 1950, juste avant de mourir, elle publie ses mémoires : Ma drôle de vie.
# Corinne Luchaire est évoquée par Patrick Modiano dans les dernières pages de Livret de famille : «Comment était Nice en 1945 ? Des fenêtres du Ruhl réquisitionné par l’armée américaine, filtrait une musique de jazz. Ma pauvre sœur Corinne, que la sécurité militaire française avait arrêtée en Italie, était enfermée tout près d’ici…»  A propos de sa «sœur Corinne», Patrick Modiano précisera après la publication : «Il s’agit d’une sœur ‘imaginaire’ : Corinne Luchaire, une jeune actrice de cinéma, morte à 28 ans, en 1950, de tuberculose.»






 
 
 

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