Presque tous les pays du monde disposent de leur propre crime organisé. Qu’il s’agisse de la mafia italienne, des Yakuza japonaises ou des cartels d’Amérique latine, la réputation redoutable de ces groupes les précède.
D’autres sont bien moins connus. Les Vory v Zakone, ou « voleurs en droit », apparurent dans les camps de travail de Staline et vécurent selon un code non écrit, souvent cité comme 18 règles, où enfreindre les règles pouvait signifier la mort.
Sky HISTORY examine comment ce code s’est façonné dans le Goulag, et comment les voleurs qui le suivaient ont construit l’un des réseaux criminels les plus redoutés de Russie au monde.
Qu’est-ce que le Vory v Zakone ?
En russe, Vory v Zakone se traduit par « voleurs en droit » ou « voleurs au code ». Le terme désigne un statut de sorte au sein de la hiérarchie du milieu criminel russe. Ceux qui le détenaient étaient les figures les plus haut placées dans ce monde, censées faire respecter ses règles non écrites et régler les différends entre les autres criminels.
Ils avaient aussi autrefois une réputation particulièrement redoutable en Russie. De plus, les Vory sont connus pour leurs tatouages élaborés, qui sont liés à la réputation et au rang de chaque individu.
Les origines du Vory v Zakone
Cette fraternité criminelle est d’abord devenue connue dans le système pénitentiaire russe plutôt que dans les rues, contrairement à de nombreux syndicats du crime établis. Les historiens ne s’accordent pas sur le moment exact où les vory sont apparus. Certains remontent le terme à l’agitation qui a suivi la Révolution russe de 1917, tandis que d’autres situent les origines dans les camps du Goulag de la fin des années 1920 et des années 1930 sous Staline. Les Vory eux-mêmes affirmaient être les gardiens de traditions criminelles plus anciennes, pré-révolutionnaires.
Au sein des systèmes pénitentiaires, les détenus refusaient toute coopération avec les autorités. Au lieu de cela, ils ont mis en place leurs propres structures autoritaires axées sur une loyauté sans faille, la construction d’un statut et l’acquisition d’une réputation. Cela a grandi au point de former une entière fraternité criminelle. Il n’a pas fallu longtemps pour que le groupe se répande en dehors des systèmes pénitentiaires et dans les rues de Russie. Les Vory ont continué à le faire jusqu’à l’époque post-soviétique et dans notre monde moderne.
Le code des Vory v Zakone
Un élément majeur des principes des Vory tournait autour d’un code de conduite strict. Le code des voleurs, également connu sous le nom de « Vorovskoy Zakon » ou « progony », est bien plus qu’un simple test de loyauté. Il lie les Vory à leur vie, car enfreindre le code pouvait être puni de mort.
Il y a 18 règles dans le code, qui incluent les éléments suivants :
- Les proches, de toute nature, doivent être abandonnés.
- Être prêt à enseigner le métier criminel aux jeunes membres.
- Aider les autres voleurs matériellement et moralement.
- Si possible, s’assurer d’avoir des informateurs parmi les voleurs.
- Ne pas servir dans l’armée.
- Ne pas rompre les promesses faites à d’autres voleurs.
Le reste du code présente des règles similaires, toutes tournées autour de la camaraderie et de l’intégrité criminelle.
L’impact des Vory v Zakone
Les Vory ont pu s’imposer en Russie (et dans d’autres pays d’Europe de l’Est et centrale) lorsque la transition du communisme au capitalisme a commencé à la fin des années 1980. Cela a en partie été dû à des droits de propriété faiblement protégés par une privatisation à grande échelle. Les Vory ont aussi réussi à infiltrer l’économie légale en Russie à la fin de 1991 lorsque l’Union soviétique s’est dissoute. Ils ont pu le faire car cet effondrement a donné lieu à une économie de marché vulnérable et instable.
Les Vory, comme d’autres organisations criminelles, offraient protection aux entreprises légales. Ils le faisaient tout en coordonnant les crimes d’autres personnes dans leur secteur qui étaient sous leur protection. Cela a entraîné une forte hausse de la criminalité dans la Russie post-soviétique, en particulier lorsqu’il s’agissait de violence contre l’élite économique. D’autres crimes devenus répandus comprenaient le racket, la traite et l’extorsion, pour n’en nommer que quelques-uns.
L’influence des Vory ne s’est pas limitée à la Russie. Au fil des années, ils ont réussi à établir des connexions au-delà des frontières internationales.
Les Vory v Zakone sont loin de ce qu’ils étaient autrefois, mais ils n’ont pas disparu. Ils restent présents en Russie, notamment dans ses prisons, et ils ont dû s’adapter à un État qui s’en prend désormais à eux. En 2019, la Russie a proposé de nouvelles peines visant ce statut lui-même, et non uniquement les crimes commis par leurs détenteurs.
C’est une inversion frappante pour une fraternité fondée sur un principe simple : ne jamais coopérer avec l’État.Pour en savoir plus sur les mondes cachés du crime organisé, inscrivez-vous à la newsletter Sky HISTORY. Chaque semaine, vous recevrez les derniers articles, épisodes et bien plus encore directement dans votre boîte de réception.