De nombreux films dramatiques au fil des années ont évoqué avec force le Jour J, le fameux « début de la fin » de l’occupation nazie de l’Europe. Cependant, tous n’ont pas plongé dans le détail forensique de la planification en coulisses qui a permis aux forces alliées d’atterrir au moment précis.
L’action qui s’est déroulée sur la côte nord de la France en juin 1944 a été recréée dans des films comme Saving Private Ryan et The Longest Day. Les débarquements en Normandie n’auraient toutefois peut-être pas eu lieu si le temps notoirement instable qui enveloppait la Manche n’avait pas été clément ce jour-là.
Quant à savoir pourquoi cela a réellement eu lieu, nous pouvons remercier l’un des météorologues senior les mieux placés des Alliés, James Stagg. Il a insisté pour retarder le lancement de l’« Opération Overlord » de 24 heures afin de profiter de meilleures conditions météorologiques. Le retombée spectaculaire est dramatisée dans le nouveau film Pressure, avec l’acteur d’Fleabag, Andrew Scott, dans le rôle de Stagg. Dans quelle mesure respecte-t-il fidèlement l’histoire réelle racontée dans World War II with Tom Hanks sur Sky HISTORY ?
La planification torturée et complexe du Jour J
Lorsque l’Allemagne a envahi la Pologne en septembre 1939, ce n’était que le début d’une longue suite de conquêtes nazies en Europe. En l’espace d’un an, de vastes pans du continent, s’étendant jusqu’à la Belgique, la Norvège et la France à l’ouest, étaient tombés sous les nazis. La Grande-Bretagne était le prochain domino que les nazis cherchaient à faire tomber, ou du moins l’avaient-ils pensé. La Bataille d’Angleterre a contrecarré les tentatives du leader allemand Adolf Hitler d’obtenir la supériorité aérienne nécessaire pour affaiblir son adversaire de l’autre côté de la Manche.
La Grande-Bretagne n’était pas non plus la seule nation non encore conquise déterminée à freiner l’offensive féroce des nazis. Une grande partie des combats précoces de la Seconde Guerre mondiale se déroulait en réalité sur le front de l’Est. En conséquence, l’Union soviétique exhorta ses partenaires alliés, le Royaume-Uni et les États-Unis, à ouvrir un second front contre les Allemands. Finalement, le Royaume-Uni et les États-Unis décidèrent de mener une invasion de la France occupée par les Nazis. La seule grande question qui restait était de savoir quand ils devaient tirer.
Le commandant allié Dwight D. Eisenhower inscrivit provisoirement une date d’invasion au 5 juin 1944, en raison des conditions météorologiques favorable attendues ce jour-là. Il ne fallut pas longtemps pour que Stagg vienne bousculer les plans. Il prédit qu’une tempête frapperait la Manche à cette date mais s’estomperait bientôt pour permettre aux forces alliées de traverser en toute sécurité le lendemain. Un Eisenhower tourmenté déplaça à contrecœur le début prévu de l’opération au 6 juin, et le reste, comme on dit, appartient à l’histoire.
En quoi Pressure restitue-t-il fidèlement les préparatifs du Jour J ?
Le film saisit avec précision l’indécision fiévreuse qui toucha Eisenhower dans les jours qui ont précédé le débarquement en Normandie. Dans son rôle de planificateur de l’Opération Overlord, Eisenhower dut peser plusieurs facteurs alors qu’il s’efforçait de déterminer la date de lancement optimale. Par exemple, les vagues devaient être suffisamment douces pour ne pas faire chavirer les vaisseaux de la marine alliée. Idéalement, il aurait aussi fallu une pleine lune à l’approche de l’aube, avec cet éclairage supplémentaire aidant les forces alliées à mieux apercevoir les défenses côtières construites par les Allemands.
Néanmoins, le professeur d’histoire Jared Frederick émet toutefois des objections quant à la représentation d’Eisenhower dans Pressure, interprété dans un style franchement irascible par Brendan Fraser. ‘Eisenhower could have quite a temper,’ commente Frederick sur sa chaîne YouTube Reel History. Néanmoins, Frederick estime que seuls certains des plus proches collaborateurs d’Eisenhower auraient été témoins de l’étendue réelle de la colère dont il était capable. En réalité, Eisenhower semble avoir entretenu une relation très chaleureuse avec Stagg et avoir pris son avis au sérieux.
L’un des éléments les plus fidèles historiquement de Pressure est la tension apparente entre Stagg, né en Écosse, et le météorologue américain Irving Krick. Interprété par Chris Messina dans le film, Krick soutient que le temps sera favorable pour que la force d’invasion lève l’ancre le 5 juin. Toutefois, les méthodes de Krick consistaient à analyser des schémas météorologiques antérieurs, tandis que Stagg s’appuyait davantage sur des relevés obtenus dans des stations météorologiques situées à travers l’Atlantique. Au final, Eisenhower juge le pronostic de Stagg plus fiable.
Comme dans le film, l’épouse de Stagg était effectivement enceinte pendant le Jour J. Pour accroître le drame, le scénario ajoute le détail fictif d’un bombardier allemand attaquant l’hôpital où elle séjourne. De plus, alors que Pressure montre l’épouse de Stagg (jouée par Tamsin Topolski) accouchant peu après le Jour J, la naissance réelle eut lieu plusieurs mois plus tard.
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