L’escroquerie Poyais de Gregor MacGregor : comment un soldat écossais a falsifié un pays entier

11 septembre 2026

Pour nombre d’entre nous, dans une Grande-Bretagne pluvieuse et venteuse, la perspective d’émigrer vers un endroit plus chaud et plus exotique, comme la Floride ou l’Espagne, est immédiatement séduisante. Dans les années 1820, il en allait de même pour des centaines de Britanniques qui saisirent l’occasion de recommencer une vie à Poyais. Cet endroit isolé d’Amérique centrale était annoncé comme une belle terre riche en ressources inexploitées, allant des terres agricoles à l’or.

Le seul problème avec Poyais ? Il n’existait pas. Sa localisation supposée sur la côte des Mosquitos n’était guère plus qu’une jungle inhospitalière. Même sa capitale prétendument prospère « St Joseph » était pure fabrication. Pour beaucoup, « Poyais » allait plutôt se transformer en un danger mortel. Qui aurait pu être assez sans honte et trompeur pour mettre en place ce piège mortel ?

Le nom qui commença bientôt à circuler dans les journaux londoniens fut Gregor MacGregor. Ce soldat écossais s’était fait passer pour le souverain de Poyais et avait créé des supports publicitaires louant les mérites supposés de cette destination d’émigration. Sky HISTORY examine comment il a réalisé l’une des tromperies les plus audacieuses du XIXe siècle.

Le parcours militaire de Gregor MacGregor

Gregor MacGregor est né dans le Stirlingshire le 24 décembre 1786. Il appartenait au clan MacGregor, historique, qui avait joué un rôle contesté dans la rébellion jacobite de 1745. À 16 ans, Gregor s’engagea dans l’armée britannique en 1803, première année des guerres napoléoniennes. En 1805, il épousa Maria Bowater, fille d’un amiral.

La richesse et le prestige de la famille Bowater permirent à Gregor d’élever sa position sociale. Le jeune lieutenant n’était pas exactement sur une voie méritocratique, car il choisit de sauter directement à un rang de capitaine en l’achetant tout simplement. Après avoir quitté le service militaire en 1810, Gregor commença à fréquenter les cercles londoniens et à se faire passer pour un « Sir ». Cependant, le décès de Maria en 1811 laissa le veuf financièrement accablé.

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Comment Gregor pourrait-il restaurer sa respectabilité en Grande-Bretagne ? Le général vénézuélien Francisco de Miranda, accueilli comme une célébrité lors d’une récente visite à Londres, lui donna une piste. Cela incita Gregor à traverser l’Atlantique pour rejoindre des révolutionnaires latino-américains qui luttaient pour se débarrasser du joug du pouvoir colonial espagnol. Après avoir mené plusieurs expéditions militaires où il abandonna honteusement ses troupes, Gregor fuit de nouveau vers la Grande-Bretagne pour échapper à toute punition.

L’emballement se transforme en tragédie

Dans la société britannique des années 1820, les aventures militaires de Gregor lui avaient valu (à tort ou à raison) une réputation de héros de guerre. Il entrevoyait rapidement un moyen d’exploiter sournoisement cette bonne volonté. Il prétendait avoir obtenu huit millions d’acres (12 500 milles carrés) de terres en Amérique centrale. Mieux encore, il était désormais apparemment le souverain « prince » de ce territoire nouvellement façonné, « Poyais ». C’était une utopie où les fruits affluaient et l’or coulait dans les rivières… du moins selon son récit.

Pour rendre l’arnaque d’autant plus convaincante, Gregor distribua des copies d’un guide de 355 pages sur le Poyais. L’écriture du livre était attribuée à un mystérieux « Thomas Strangeways », peut-être un pseudonyme de Gregor lui-même. À travers la Grande-Bretagne, Gregor ouvrit des bureaux qui vendaient des parcelles de terres poyaisiennes. Il amassa de l’argent (l’équivalent aujourd’hui de plus d’un milliard de livres) auprès des investisseurs et acheteurs.

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Des centaines de colons en herbe partaient pour cette terre prometteuse. Cependant, le premier lot de 70 les trouva désertés. Était-ce que l’on les avait déposés au mauvais endroit ? Les recherches pour trouver St Joseph n’aboutirent à rien, et plus de 150 émigrants supplémentaires en provenance d’Écosse atterrirent quelques mois plus tard. Un navire britannique en provenance du Honduras passait par là et aperçut ces colons échoués, et une mission de sauvetage s’ensuivit.

L’arnaque de Poyais commence à se démêler

Sur les quelque 270 personnes qui avaient initialement quitté les côtes britanniques pour le Poyais, moins de 50 revinrent. Au moins 180 périrent de maladies tropicales comme la dysenterie et la fièvre jaune, tandis que certains survivants s’établirent ailleurs dans les Amériques. Avant que le système judiciaire britannique puisse poursuivre Gregor, il prit la fuite vers la France. Là, il tenta d’envoyer encore davantage de victimes inconscientes vers Poyais, mais leurs demandes de visa furent annulées par des autorités françaises suspicieuses.

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Bien que Gregor ait été jugé en France, le procureur estima que la faute revenait à l’un de ses associés. Gregor vécut les derniers jours de sa vie au Venezuela, où il reçut une pension en reconnaissance de son service militaire là-bas, des décennies plus tôt. Il mourut le 4 décembre 1845, ayant étonnamment échappé à toute justice pour avoir orchestré l’arnaque de Poyais.


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Julien Marceau

Julien Marceau

Je m’appelle Julien Marceau, rédacteur au sein des Yeux Rouges, où je mets en lumière les histoires oubliées et les images qui façonnent notre mémoire collective. Passionné par les archives et les récits documentaires, j’aime explorer ce que le passé dit réellement de nous.