Raison et Sentiments : l’histoire vraie derrière le premier roman de Jane Austen

22 août 2026

Vous vous considérez comme un romantique dans l’âme ? Beaucoup d’entre nous le font. Cependant, vous ne tomberiez probablement pas amoureux aussi rapidement que Marianne Dashwood, l’un des personnages les plus connus de Jane Austen. Elle est l’une des héroïnes du premier roman de l’auteure géorgienne, Sense and Sensibility, publié en 1811.

Il a été adapté à l’écran à de nombreuses reprises, plus célèbrement dans le film d’Ang Lee de 1995, pour lequel Emma Thompson a écrit le scénario. Et aujourd’hui, en 2026, il existe une nouvelle version dans laquelle Daisy Edgar-Jones incarne Elinor. Ainsi, c’est le moment idéal pour dépoussiérer ce vieux roman Sense and Sensibility, car il continue d’offrir des leçons précieuses sur l’amour, même pour les lecteurs d’aujourd’hui.

La question centrale au cœur du roman est de savoir s’il faut laisser le cœur l’emporter sur la raison, ou l’inverse. L’exploration de cette dichotomie au fil des pages révèle une quantité étonnante d’informations sur la Grande-Bretagne géorgienne.

Les débuts peu prometteurs de Jane Austen

Jane Austen est née le 16 décembre 1775 à Steventon, dans le Hampshire. À l’époque, on n’aurait guère pu la voir destinée à devenir un nom connu de tous. Sa famille appartenait à ce qu’on a baptisé la « pseudo-noblesse ». En d’autres termes, ils étaient techniquement de la noblesse, mais dépendaient d’un travail actif pour gagner leur revenu.

Dans ce sens, ils différaient de la « noblesse terrienne », une classe sociale de propriétaires fonciers vivant de revenus locatifs. Les membres de la « pseudo » et de la noblesse terrienne se mêlaient toutefois dans les mêmes cercles, ce qui conduisait à des mariages entre les deux groupes. Jane et ses sœurs savaient qu’on s’attendait à ce qu’elles se marient afin d’assurer leur avenir financier.

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À l’inverse, les frères Austen auraient la liberté de gagner leur propre argent. Deux d’entre eux, Francis et Charles, ont rejoint la Royal Navy britannique. La coutume voulait que les femmes de la gentry restent dans la sphère domestique, et ne s’adonnent pas à un travail rémunéré. Cette situation laissa Jane et ses sœurs dans une certaine impasse, sans doute source de frustration.

Le livre Sense and Sensibility est-il autobiographique ?

Il est certainement facile de le voir ainsi. La mort du père de Jane, George, en 1805, laissa sa veuve et ses filles financièrement dépendantes des frères Austen. De même, Sense and Sensibility commence avec Henry Dashwood sur son lit de mort, insistant pour que son fils John soutienne sa belle-mère et ses demi-sœurs Elinor, Marianne et Margaret.

En fin de compte, les sœurs Dashwood se retrouvent encore dans des circonstances financières considérablement réduites, ce qui les pousse à emménager dans un cottage du Devonshire. De même, les sœurs Austen s’installèrent au Chawton Cottage (toujours conservé comme musée dans le Hampshire) après le décès de leur père George.

Ainsi, aussi bien les sœurs Austen que les sœurs Dashwood se retrouvent à s’accrocher désespérément aux échelons inférieurs de la gentry. Les Dashwood entrent au moins en contact régulier avec de jeunes gentilshommes non mariés, tous des prétendants potentiels. Cependant, Elinor et Marianne ont des approches nettement différentes pour poursuivre l’amour.

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Elinor est posée, reconnaissant qu’elle doit s’allier à un homme bien né, issu de la bonne classe sociale. En contraste net, Marianne est bien plus spontanée, contente de laisser ses caprices romantiques la guider. À l’époque géorgienne, ce genre d’attitude était qualifié (souvent de façon péjorative) de « sensibilité ».

« Sens » vs « sensibilité » : lequel l’emporte ?

On peut donc comprendre pourquoi le livre Sense and Sensibility porte ce titre. Elinor a le sens, tandis que Marianne a la sensibilité. Il faut admettre que ce serait une vision trop simpliste. Elinor lutte parfois encore pour contenir ses émotions, tandis que Marianne a des moments où elle retrouve la raison.

Comme bon nombre de romans de la fin du XVIIIe siècle, Sense and Sensibility présente une sensibilité excessive comme un vice. Marianne s’engage trop rapidement dans une liaison romantique avec le séduisant John Willoughby avant qu’il ne l’abandonne brusquement pour une riche héritière. Marianne épouse ensuite le colonel Brandon, bien plus respecté, qu’elle avait auparavant jugé trop âgé pour elle.

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Par ailleurs, Austen critique implicitement les structures sociales géorgiennes qui poussent les personnages féminins à faire de mauvais mariages. Lucy Steele est fiancée à Edward Ferrars avant qu’il ne soit déshérité de son héritage par sa mère. Par conséquent, elle porte rapidement son attention sur le nouvel héritier Ferrars, Robert, le frère d’Edward.

À la fin du roman, Elinor épouse Edward. De cette manière, elle peut satisfaire une partie de la sensibilité que son sens pratique, durement gagné, avait jusqu’alors su maîtriser.


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Julien Marceau

Julien Marceau

Je m’appelle Julien Marceau, rédacteur au sein des Yeux Rouges, où je mets en lumière les histoires oubliées et les images qui façonnent notre mémoire collective. Passionné par les archives et les récits documentaires, j’aime explorer ce que le passé dit réellement de nous.