Tous les quatre ans, les Jeux du Commonwealth réunissent des sportifs du monde entier. Plus précisément, ces compétiteurs athlétiques proviennent du Commonwealth des Nations, une association informelle de territoires autrefois tous partie de l’Empire britannique.
L’Empire lui-même est désormais loin derrière nous, de nombreux anciens États ayant rompu avec beaucoup de leurs liens avec la Grande-Bretagne. Un exemple particulièrement notable est l’Afrique du Sud – qui, au milieu du XXe siècle, a adopté des politiques d’apartheid, au condamnement des autres États membres du Commonwealth.
À l’époque des Jeux du Commonwealth de 1986, l’Afrique du Sud avait quitté le Commonwealth. Cependant, la position controversée de Margaret Thatcher vis-à-vis de l’Afrique du Sud a conduit de nombreux États à boycotter la compétition cette année-là, lorsque Édimbourg en était la ville hôte. Sky HISTORY examine comment la position de Thatcher sur l’Afrique du Sud a transformé une épreuve sportive en point névralgique politique.
La relation complexe de l’Afrique du Sud avec le Commonwealth
Le contrôle britannique s’est fermement consolidé sur l’Afrique du Sud à la suite de la guerre des Boers (1899-1902). Cependant, au cours des décennies qui ont suivi, l’Afrique du Sud a aussi obtenu de plus en plus d’autonomie dans ses propres affaires. En 1948, les Afrikaners au pouvoir ont instauré l’apartheid, une forme institutionnalisée de ségrégation raciale donnant à la minorité blanche du pays le pouvoir sur la majorité noire.
Cela allait du sommet, déterminant qui pouvait occuper des postes dans la politique nationale, jusqu’aux détails du quotidien. Par exemple, les citoyens noirs d’Afrique du Sud se voyaient refuser des opportunités d’emploi prestigieuses réservées strictement aux blancs. Les Noirs africains étaient également tenus à distance physique de leurs homologues blancs, tandis que les relations sexuelles entre personnes de races différentes furent criminalisées.
L’apartheid était considéré comme odieux par d’autres nations du Commonwealth, dont beaucoup avaient des populations noires majoritaires. Cependant, le Parti National qui governait l’Afrique du Sud ne bougea pas et choisit simplement de se retirer du Commonwealth en 1961. L’Afrique du Sud n’envoya pas d’athlètes aux Jeux du Commonwealth pendant des décennies.
Un changement d’attitude du Royaume‑Uni envers l’Afrique du Sud ?
Des pays du monde entier, et pas seulement du Commonwealth, infligèrent à l’Afrique du Sud de lourdes sanctions économiques pour son obstination à préserver l’apartheid. En 1977, le Royaume‑Uni fut signataire de l’Accord de Gleneagles qui décourageait les athlètes du Commonwealth de concourir contre ceux d’Afrique du Sud.
Pourtant, Margaret Thatcher, qui a tenu les rênes du 10 Downing Street de 1979 à 1990, s’est élevée contre les sanctions contre l’Afrique du Sud. Pour la Première ministre, les liens économiques du Royaume‑Uni avec l’Afrique du Sud étaient trop lucratifs pour risquer de les endommager. Cette attitude ne passa pas auprès des autres dirigeants du Commonwealth, qui virent bientôt l’occasion idéale de punir le Royaume‑Uni pour cela.
Le chaos des Jeux du Commonwealth de 1986
Au cours des décennies qui ont précédé, les Jeux du Commonwealth avaient été organisés dans diverses villes du Commonwealth. En 1986, les jeux revenaient enfin au Royaume-Uni. Les augures semblaient initiaux bons. La ville hôte choisie, Édimbourg, avait déjà connu un certain succès lors des jeux de 1970.
Cependant, de plus en plus de pays du Commonwealth ont commencé à annoncer des boycotts de l’événement. Le nombre de pays — y compris le Kenya, le Nigeria et l’Inde — qui ont décidé de ne pas concourir est finalement monté à 32. La plupart étaient africains, asiatiques et caribéens. L’un d’eux, les Bermudes, a participé à la cérémonie d’ouverture avant de se retirer par la suite. Les athlètes furent renvoyés chez eux.
Toutes ces absences ont laissé seulement 27 nations encore en compétition et les organisateurs avec un casse-tête financier. Il n’y avait pas autant d’argent de parrainage et de promotion que prévu au départ. Le magnat des médias Robert Maxwell s’est engagé à verser des millions de livres pour combler ce déficit financier, mais il s’est ensuite avéré qu’il n’avait versé que 250 000 livres.
L’héritage du boycott des Jeux du Commonwealth de 1986
Il est difficile de quantifier avec précision l’impact réel du boycott sur la politique britannique vis-à-vis de l’Afrique du Sud. Quoi qu’il en soit, quelques années après les jeux, le Royaume‑Uni avait finalement perdu patience avec l’approche diplomatique. L’intense pression internationale sur les politiciens sud-africains a fini par les faire plier.
En 1990, le président sud-africain F.W. de Klerk libéra l’activiste anti-apartheid Nelson Mandela de prison, où il avait purgé 27 années suite à une condamnation politiquement motivée pour sabotage. Les premières élections réellement démocratiques du pays (seuls les blancs avaient jusqu’alors le droit de vote) se tinrent en 1994 et Mandela y fut élu président.
Bien qu’Édimbourg n’ait pas accueilli les Jeux du Commonwealth depuis lors, la ville écossaise de Glasgow les a accueillis à deux reprises — en 2014 et 2026. Cette dernière, tout aussi appropriée, marque le 40e anniversaire des Jeux du Commonwealth de 1986.
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